En bref
- Le triangle choke est un étranglement sanguin réalisé avec les jambes, ciblant les artères carotides.
- Il se déclenche principalement depuis la garde fermée, mais aussi depuis le montoir ou en flying triangle.
- La position des jambes doit former un triangle autour de la tête et d’un bras adverses — d’où son nom.
- Anderson Silva, Royce Gracie et Stefan Struve comptent parmi ses utilisateurs les plus emblématiques en MMA.
- Depuis le triangle, de nombreuses transitions sont possibles : Kimura, armbar, omoplata, ground and pound.
Qu’est-ce que le triangle choke ?
Le triangle choke — appelé Sankaku Jime en japonais — est un étranglement réalisé exclusivement avec les jambes. Le pratiquant enferme la tête et un bras de l’adversaire dans un triangle formé par ses deux jambes, comprimant ainsi les artères carotides. Contrairement aux étranglements manuels, c’est le poids et la puissance des membres inférieurs qui génèrent la pression : la technique ne demande pas une force de préhension importante, ce qui la rend accessible à des gabarits variés.
En compétition, le triangle choke peut provoquer la soumission en quelques secondes, voire une perte de connaissance si l’adversaire résiste trop longtemps. Il est également redouté pour sa capacité à générer des transitions offensives multiples depuis la même position.
Principe biomécanique
Le triangle choke est un étranglement sanguin, non pas respiratoire. Les jambes du pratiquant compriment les artères carotides des deux côtés du cou adverse : d’un côté par la cuisse, de l’autre par le bras même de l’adversaire qui est piégé à l’intérieur. Cette double compression interrompt l’afflux de sang oxygéné vers le cerveau, provoquant une perte de conscience en 8 à 15 secondes si l’étranglement est correctement appliqué.
L’efficacité de la technique repose sur l’angle formé entre la cuisse et le mollet : plus cet angle est fermé, plus la pression carotidienne est importante. C’est pourquoi verrouiller le pied derrière le creux du genou adverse est une étape non négociable.
Exécution depuis la garde fermée
- Enfermer la tête et un bras. Depuis la garde fermée, ouvrir les jambes et les repositionner de façon à enfermer la tête et un bras de l’adversaire entre ses cuisses. Un seul bras doit se trouver à l’intérieur du triangle — l’autre reste à l’extérieur.
- Verrouiller le triangle. Bloquer un pied derrière le creux du genou de l’autre jambe. Ce verrou est fondamental : il réduit l’espace dont dispose l’adversaire pour se dégager et ferme l’angle de compression.
- Contrôle de la tête. Attraper la tête de l’adversaire d’une main pour l’empêcher de se redresser, et saisir son propre pied de l’autre main pour renforcer le verrou.
- Finition. Lever le bassin tout en serrant les jambes (squeeze) pour accentuer la compression carotidienne. Le mouvement de hanche amplifie la pression bien au-delà de ce que la seule force des jambes pourrait produire.
Note : depuis le montoir, la logique reste identique mais l’angle d’entrée change — le pratiquant bascule latéralement pour passer une jambe devant la gorge adverse. Le flying triangle, variante spectaculaire, s’initie debout et nécessite une maîtrise avancée du timing.
Erreurs fréquentes
- Ne pas refermer le triangle. Oublier de placer le pied derrière le creux du genou laisse un espace suffisant pour que l’adversaire libère sa tête ou se retourne. Le verrou est la base de tout.
- Serrer trop tôt. Appliquer la pression avant d’avoir une position solide (tête bien centrée, bras isolé, verrou posé) aboutit à un triangle « mou » que l’adversaire peut défaire avec peu d’effort.
- S’entêter sur le triangle. Si la position ne se ferme pas, insister est une erreur tactique. Le triangle est un hub offensif : ground and pound, kimura, armbar, omoplata sont autant de sorties possibles depuis la même poignée de jambes.
Défenses principales
- Rentrer le deuxième bras. Faire entrer le bras extérieur à l’intérieur du triangle revient à recréer la garde fermée — la menace d’étranglement disparaît car la compression carotidienne n’est plus possible sans bras isolé.
- Redresser immédiatement le dos. Ne pas laisser l’adversaire tirer la tête vers le bas. Un dos droit réduit l’angle de compression et donne le temps de chercher une sortie.
- Se mettre sur ses pieds et écraser. En se relevant et en utilisant son poids corporel pour écraser l’adversaire au sol, on réduit sa mobilité de hanches et on limite sa capacité à finir l’étranglement.
Variantes notables
Transition en Kimura. Depuis le triangle, si l’adversaire tente de libérer sa tête en poussant avec son bras libre, la poignée Kimura s’impose naturellement sur ce bras — créant une double menace simultanée.
Transition en Omoplata. En faisant pivoter le corps de 180° tout en maintenant la jambe sur l’épaule adverse, on bascule du triangle vers l’omoplata — une soumission d’épaule par rotation externe qui surprend souvent l’adversaire en pleine défense du triangle initial.
Combattants qui l’ont marqué
Anderson Silva — « The Spider » a démontré que le triangle choke pouvait être déclenché depuis des situations de danger extrême, comme lors de son premier combat contre Chael Sonnen où il a soumis son adversaire à la fin du cinquième round alors qu’il était largement dominé au score.
Royce Gracie — pionnier du MMA et ambassadeur du JJB, il a popularisé le triangle choke dans les premières éditions de l’UFC, prouvant qu’un combattant plus léger pouvait soumettre des adversaires bien plus massifs grâce à la technique.
Stefan Struve — le poids lourd néerlandais a utilisé sa morphologie atypique pour déclencher des triangles depuis des angles inhabituels, illustrant que la technique s’adapte à tous les gabarits.
Exemples célèbres en compétition
- Anderson Silva vs. Chael Sonnen I — UFC 117 (2010). Silva, dominé pendant quatre rounds et demi, renverse la situation en soumettant Sonnen par triangle choke dans les dernières secondes du combat. L’un des retournements de situation les plus mémorables de l’histoire de l’UFC.
- Nate Diaz vs. Kurt Pellegrino — UFC Fight Night 13 (2008). Diaz démontre la fluidité de son JJB en enchaînant contrôle au sol et triangle choke avec une économie de mouvement caractéristique de son style.
- Paul Craig vs. Magomed Ankalaev — UFC Fight Night 127 (2018). Craig soumet Ankalaev par triangle choke dans la toute dernière seconde du combat, depuis une position défavorable — un exemple devenu référence de la dangerosité permanente d’un combattant de JJB.
FAQ
Le triangle choke est-il autorisé dans toutes les compétitions MMA ?
Oui, dans la quasi-totalité des règlements MMA professionnels et amateurs. En BJJ, il est autorisé dans toutes les catégories de ceinture, y compris débutant. En judo de compétition (IJF), les techniques de jambes au sol ont connu des restrictions successives — le Sankaku Jime reste cependant autorisé dans de nombreuses fédérations nationales.
Quelle est la différence entre un étranglement sanguin et un étranglement respiratoire ?
Un étranglement sanguin comprime les artères carotides et interrompt l’afflux de sang oxygéné vers le cerveau — il agit en quelques secondes et ne provoque pas de douleur immédiate. Un étranglement respiratoire comprime la trachée et empêche la respiration — il est douloureux, plus lent à agir et généralement moins efficace en compétition. Le triangle choke est un étranglement sanguin.
Peut-on appliquer un triangle choke sur un adversaire plus grand que soi ?
Oui, et c’est l’un des atouts majeurs de la technique. L’angle de compression est généré par la position des jambes, pas par la force brute. Royce Gracie l’a démontré dès les premières éditions de l’UFC face à des adversaires bien plus lourds. En revanche, contre un adversaire au cou très épais ou aux épaules larges, la fermeture du triangle demande un ajustement d’angle plus précis.
Quelles transitions sont possibles depuis le triangle choke ?
Le triangle est un hub offensif particulièrement riche : armbar (clé de bras sur le bras isolé), kimura (si l’adversaire pousse avec son bras libre), omoplata (pivot de 180°), et ground and pound (frappes au sol depuis la position haute). Cette polyvalence en fait une position redoutée même lorsque la finition directe est bloquée.
Qu’est-ce que le flying triangle ?
Le flying triangle est une variante initiée depuis la position debout : le pratiquant saute et enroule ses jambes autour de la tête et d’un bras adverses en l’air, avant d’atterrir au sol en position de triangle. Spectaculaire, cette variante demande un timing parfait et une maîtrise avancée de la technique au sol. Elle reste rare en MMA professionnel en raison du risque d’exposition aux frappes pendant la phase aérienne.
Conclusion
Le triangle choke est l’une des soumissions les plus complètes du grappling : efficace sur le plan biomécanique, polyvalent dans ses transitions, et applicable quel que soit le rapport de force physique. Sa maîtrise passe par une compréhension précise du verrou de jambes et de l’angle de compression — deux détails techniques qui font toute la différence entre un triangle solide et une position que l’adversaire peut défaire sans effort.
